Le journalisme et la vitesse de circulation de l’information

Jamais dans l’histoire l’humain n’a consommé autant d’information.

Le journalisme et la vitesse de circulation de l’information

L’accroissement actuel de la vitesse de circulation de l’information est la résultante logique d’un environnement favorable :

  • aujourd’hui, 2,71 milliards de personnes possèdent un smartphone ;
  • fonder un « média » peut se résumer à la simple création d’un blog ;
  • la croissance démographique fait qu’il y a toujours plus de « clients » de l’information ;
  • contrairement au siècle dernier, le « client » de l’information peut désormais être intéressé par un événement politique ou un fait divers à l’autre bout de la planète pour plusieurs raisons : impact sur les marchés financiers, sur les vols, sur le commerce, curiosité, etc.

L’accroissement de la vitesse de circulation de l’information maximise l’intensité concurrentielle, avec ce que les Anglo-Saxons appellent le FOMO (Fear Of Missing Out), la « peur de passer à côté » d’une actu chaude à relayer. Cette effervescence fait également émerger une demande pour une information passée au crible, une investigation, une analyse multidimensionnelle, une synthèse, une critique, une opinion. Que penser de la vitesse de circulation de l’information ? C’est le dossier que vous propose l’ISCPA !

Le journalisme, au-delà du « déplacement rapide » de l’info

Prendre le temps de recouper les sources, d’analyser l’information, d’en évaluer les éventuels enchevêtrements et d’exercer son droit à la prudence éditoriale… sont des missions fondamentales du journalisme que le besoin de rapidité met à mal. Comme le rappelle justement Lea Korsgaard, co-fondatrice et rédactrice en chef du journal électronique Zetland, l’un des pionniers du slow journalism (voir plus bas) : « La mission d’un journaliste est d’analyser et synthétiser l’information disponible, et non de la déplacer d’un point A à un point B le plus vite possible ». L’immédiateté est un challenge que le journaliste relève en fonction de sa casquette : un éditorialiste prendra plus son temps qu’un pigiste.

On estime aujourd’hui que le temps moyen de propagation de l’information (d’une source dite « primaire » à au moins un autre média) tourne autour de 175 minutes, soit un peu moins de trois petites heures. Conséquence : 64 % du contenu informatif en ligne (en France) est un « copier-coller » ou une version légèrement remaniée des dépêches de l’AFP. C’est ici que le rôle du journaliste prend tout son sens… et c’est aussi tout le paradoxe de la chose : l’immédiateté impose l’uniformité, mais c’est aussi une belle opportunité pour le journaliste de se démarquer par une valeur ajoutée en allant au-delà de la « simple » tâche de rapporter l’information brute.

Avec autant de smartphones en circulation dans le monde, chacun pourra s’improviser « témoin » des événements et rapporter une information brute, voire une donnée. Cette multiplication des « sources » plus ou moins crédibles consolide en réalité le rôle du journaliste dans le traitement de l’information dans les règles de l’art. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les machines à relayer l’info, les live streamings et les interminables fils d’infos n’imposent pas au journalisme de revoir sa copie… mais simplement d’opérer un retour aux sources, tout au plus. Pour l’académicien français Erik Orsenna, « Il y a une boulimie d’information générale sans choix. Plus que jamais nous avons besoin de journalisme, de hiérarchie, de tri ».

Une enquête, un dossier, un flashback historique, un portrait…

Faut-il sacrifier la précision et l’exactitude de l’info au nom de l’immédiateté ? Faut-il multiplier les brèves au conditionnel au nom du FOMO ? À l’ère de la performance et de la course à l’audience, l’entreprise journalistique peut-elle se permettre de « prendre son temps » pour produire une information de qualité ? N’est-elle pas sujette, après tout, aux mêmes exigences de rentabilité et de compétitivité que toute autre entreprise à but lucratif ?

Aujourd’hui, à l’ère de l’abondance des stimuli, une information de plus ou de moins ne fera pas forcément la différence. Pourtant, le journaliste a plus d’un tour dans son sac pour se distinguer : un bon dossier bien ficelé, une enquête journalistique rondement menée, un reportage original, un flashback historique, un portrait. Lui seul peut trier, hiérarchiser et analyser l’information en mobilisant ses compétences, son réseau et sa connaissance du terrain. D’ailleurs, les quotidiens s’affranchissent progressivement de cette course à l’info par des suppléments littéraires, des éditions spéciales, des enquêtes étalées sur plusieurs mois, voire plusieurs années, des commémorations d’événements historiques, etc.

Le journaliste « fact checker » aux trousses de la « fake news »

On pourrait penser que l’accélération de la propagation de l’information est un phénomène indissociable de l’ère internet. Mais force est de constater qu’un certain Émile Zola épinglait déjà la chose à la fin du XIXe siècle : « Les journaux débordants d’aujourd’hui, lâchés en pleine liberté, roulant le flot déchaîné de l’information à outrance (…) Aujourd’hui, remarquez quelle importance démesurée prend le moindre fait. Des centaines de journaux le publient à la fois, le commentent, l’amplifient. Et, pendant une semaine souvent, il n’est pas question d’autre chose : ce sont chaque matin de nouveaux détails, les colonnes s’emplissent, chaque feuille tâche de pousser au tirage en satisfaisant davantage la curiosité de ses lecteurs » (texte paru dans le supplément littéraire du Figaro daté du 24 novembre 1888).

Forcément, la problématique de la fake news s’est amplifiée avec l’accélération de la production et de la propagation de l’information… conférant ainsi au journaliste un rôle de « fact checker » pour prévenir et couper court à la rumeur. D’ailleurs, des cellules de « fact checking » émergent dans les émissions de débat, s’employant à tordre le cou aux fake news, souvent en direct.

Dans son édition de 2019, le Reuters Institute Digital News Report révèle que les applications de messagerie instantanée et les groupes Facebook deviennent des outils privilégiés pour partager les informations et en discuter. WhatsApp est très largement utilisé pour l’info dans des pays émergents comme le Brésil (53 %) et l’Afrique du Sud (49 %), ce qui les rend potentiellement plus vulnérables à la propagation des fake news. La presse dite « sérieuse » tend de plus en plus vers le concept de « slow journalism » pour consolider la justesse, l’expertise et la fiabilité de l’info.

« Nous privilégions le savoir à la vitesse » : de fomo à jomo

Le FOMO a favorisé l’émergence du JOMO (Joy of Missing Out, ou « joie de passer à côté »). L’idée consiste à identifier les données « parasites » qui ajoutent du « bruit » à la compréhension d’un phénomène, puis à lever le pied sur la punchline pour gagner en pertinence. C’est le cas du journal électronique Zetland dont le slogan annonce la couleur : « Nous privilégions le savoir à la vitesse ». Zetland, comme d’autres start-up du slow journalism, a trouvé son avantage compétitif : éviter la surcharge à la faveur d’un contenu mieux ficelé, plus digeste et impeccablement sourcé. L’objectif sera d’aider le lecteur à mieux comprendre le monde dans lequel il vit.

Ces évolutions de l’environnement dans lequel évolue le journaliste rendent son métier encore plus passionnant ! Témoin de son époque, chasseur de fake news et pourvoyeur d’un savoir plébiscité, le journaliste est un acteur incontournable des défis majeurs de l’humanité. Vous voulez, vous aussi, prendre part aux évolutions du secteur et permettre à vos lecteurs d’accéder à une information de qualité ? Découvrez les formations en journalisme à Paris, Lyon ou Toulouse de l’ISCPA, l’école spécialisée du Groupe IGS !

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